Une autre activité d'ateliers, cette fois-ci on avait le choix entre 6 débuts d'histoire et on devait continuer, voici la mienne.
Je fume des cigares de Cuba en mangeant des chips. À chaque bouffée, vertigineusement, le coeur me manque. Ce que c'est que d'avoir trop aimer. J'ai le coeur tellement fatigué de l'avoir trop donné. Que vaut le coeur volage d'un vieil homme? Il vogue sans destination précise, sans port d'attache pour calmer son mal de mer, son mal de coeur... Trop de femmes m'ont donné leur coeur, je ne sais qu'en faire. Je les ai mis en cage et chaque jour je donne de la chair fraîche à ces mangeurs d'homme. Alors que j'aspire une nouvelle bouffée de ce cigare ma foi énorme, j'ai ces mots qui me prennent et m'enserrent la poitrine. Ces mots que j'ai envie d'expier, mais tous les Ave Maria ne saurait me guérir de cette peste identitaire qui ronge ma moelle, qui fait trembler mes mains, qui fait de moi cette chose sans âge et si vieille pourtant. Je regarde au fond de mon sac de chips. Vide. «Pathétique», me dis-je. Je regarde ce puits dont le fond m'avale et je crie, pour enfin me délivrer de ces mots hirsutes : «Et moi dans tout ça? Le coeur qui nage dans l'océan pervers de l'inutilité, le corps flétri et exaspéré, que rêver encore que de ne pas mourir seul dans mon lit, couvert de pisse?» Je prend une dernière bouffée de cet interminable cigare et m'étouffe. «Au moins, je meurs heureux...»
Image : Homme à la clarinette par Pablo Picasso
Le principe de celui-ci ; en s'inspirant d'une phrase de Baudelaire, on écrit un texte. La phrase : Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée.
Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Car la fenêtre ouverte n'offre qu'une vue partiellement banale et parallèlement insipide sur un univers sans équivoque. Tandis que la fenêtre fermée offre mille possibilités toutes plus excentriques les unes que les autres. Barreaux de liberté, amour décapité, faute avouée jamais pardonnée? Quand on ferme les volets de sa fenêre intérieure, ainsi éborgnée, c'est qu'il y a forcément une honte saugrenue que l'on se doit de révéler, mais plus tard...
Image : La lunette d'approche par René Magritte
Voici deux textes. Pour chacun d'eux, nous avons pigés des mots au hasard et nous devions mettre ces mots dans les textes.
Premier texte, mots obligatoires : saintement, banque, mythologique, figue, bitume.
Saintement, je me baladais sous les arbres dont les figues mythologiques me chatouillaient le visage. Soudain, le bruit velouté de mes pas sur la rosée bleutée du matin fut remplacé par le bruit sec de mes talons qui claquaient comme un drapeau au vent sur le bitume fédéraliste et noir. La campagne apaisante était remplacée par une urbaine inquiétude. Grattes-ciel enracinés faisent office d'arbres et les figues juteuses et alléchantes qui tantôt appelaient mes papilles visuelles étaient remplacées par le goût amer d'écritaux sans sens réel. «Banque du Canada, Banque de Montréal...» que des mots dont la signification m'effrayait. Oh mon dieu, j'étais devenue une citadine!
Deuxième texte, mots obligatoires : stertoreux(euse), foudre, frais, n'importe, permanence, sanglant, potable.
Le matin frais m'emporte dans sa permanence sanglante. N'importe qui vous le dira, les relents stertoreux d'une nuit passée à dormir sur un coup de foudre n'amènent jamais rien de bon. N'est-ce pas, d'ailleurs, un proverbe? De toute façon, sans mon café du matin pour décanter, aucune de mes pensées ne sera potable. Moi, c'est l'après-midi que je vis, cadencée que je suis avec la violence maternelle d'un soleil patenté.
Atelier sur les Haïkus. À la base de ceux-ci, champs lexical de la ville. Ce sont trois haïkus différents et indépendants les uns des autres.
Costard en déviance
Café terreux dans la main
Un anonymat.
Froidure des mots
Splendeur de la dépendance
Mort artificielle.
Lune bétonnée
Ancien trafic nauséeux
Machine à grandir.
Image : La gare Saint-Lazare, par Claude Monet
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