joindre l'inutile à l'agréable

Passion simple

le 01/10/2008 à 16h23
Le retour des classes amène invariablement le retour des ateliers d'écriture! :) Toujours une écriture automatique sur le thème de Passion simple.

Passion Simple
Toute petite
Je rêvais d'une passion simple
Dénudée, dépecée
Toi et moi = nous deux
Rien de plus que l'abandon
De deux âmes naïves
En quête d'éternité
Cyrano disait :
«Une façon d'un peu se respirer le coeur
Et se goûter au bord des lèvres l'âme»
J'y ai cru moi
J'ai plutôt respirer l'abîme d'une passion cul-de-sac
J'ai goûté mon âme au bord de tes lèvres
Puis j'ai perdu tes lèvres et mon âme avec
Ont suivi les illusions
Qui s'en sont allées vers des nuits moins tourmentées
J'ai vécu l'insomnie
Alors que la passion faussement simple
Criait famine dans mon estomac inifiniment noué
Et le temps filait sans sommeil
Sans repos pour la femme fourbie et courbaturée
Que je suis.


Image : Nu bleu par Henri Matisse

Moi

le 01/10/2008 à 16h37
Toujours en atelier, on devait écrire un texte sous la forme suivante :
J'aime...
Je n'aime pas...
Je sais...
Je ne sais pas...
Je suis...
Je ne suis pas...

Voilà ce que ça a donné.

Moi
J'aime l'absence incongrue d'un accent sur ambiguité
Je n'aime pas trop de mots sur ma conscience
Je sais que je ne suis pas héroïque
Mais je ne sais pas si je suis héroïne
Je ne suis pas morte ou vivante
Je suis là.

À suivre...

le 18/10/2008 à 17h45

Une autre activité d'ateliers, cette fois-ci on avait le choix entre 6 débuts d'histoire et on devait continuer, voici la mienne.

Je fume des cigares de Cuba en mangeant des chips. À chaque bouffée, vertigineusement, le coeur me manque. Ce que c'est que d'avoir trop aimer. J'ai le coeur tellement fatigué de l'avoir trop donné. Que vaut le coeur volage d'un vieil homme? Il vogue sans destination précise, sans port d'attache pour calmer son mal de mer, son mal de coeur... Trop de femmes m'ont donné leur coeur, je ne sais qu'en faire. Je les ai mis en cage et chaque jour je donne de la chair fraîche à ces mangeurs d'homme. Alors que j'aspire une nouvelle bouffée de ce cigare ma foi énorme, j'ai ces mots qui me prennent et m'enserrent la poitrine. Ces mots que j'ai envie d'expier, mais tous les Ave Maria ne saurait me guérir de cette peste identitaire qui ronge ma moelle, qui fait trembler mes mains, qui fait de moi cette chose sans âge et si vieille pourtant. Je regarde au fond de mon sac de chips. Vide. «Pathétique», me dis-je. Je regarde ce puits dont le fond m'avale et je crie, pour enfin me délivrer de ces mots hirsutes : «Et moi dans tout ça? Le coeur qui nage dans l'océan pervers de l'inutilité, le corps flétri et exaspéré, que rêver encore que de ne pas mourir seul dans mon lit, couvert de pisse?» Je prend une dernière bouffée de cet interminable cigare et m'étouffe. «Au moins, je meurs heureux...»


Image : Homme à la clarinette par Pablo Picasso

Les filles ne pleurent pas

le 18/10/2008 à 17h58
Le thème cette fois-ci, les garçons (ou les filles) ne pleurent pas.

Même si les arbres ne dansent plus
Si ma vie ne meurt plus
Si le noir ne blêmit plus,
Les filles ne pleurent pas.
Ainsi même si les larmes ne m'effraient plus
Si les rires ne me brisent plus
Et si mes cris ne se flétrissent plus,
Les filles ne doivent pas pleurer.
Alors j'essorerai l'eau de mes yeux
Dans le chiffon sale de ton réconfort
J'éclaterai le mur érigé
Entre moi et l'autre
Cette autre enfouie en moi,
Cette petite fille qui refuse de pleurer,
Qui refuse de rire et même d'aimer
Celle qui me répète : « Redresse-toi
Tu sais bien que les filles ne pleurent pas...»

Image : Femme asphyxiée par Charles Desains

Collage

le 18/10/2008 à 18h11
Le principe de cet exercice ; découper deux articles dans le journal et les faire s'entrecroiser. Le résultat, dans mon cas, tire un peu sur l'humour noir, mais est tout de même intéressant.

Dans la nuit de samedi à dimanche, des pluies torrentielles ont fait suite à un rapport de l'Association des banquiers du crédit hypothécaire qui estimait qu'à la fin juin plus de 4 millions de maisons inondées, de bâtiments détruits et de toitures arrachées étaient praticables. Les victimes, dont au moins 13 enfants, soit 9% du total, étaient en retard dans leurs paiements ou incapables de rembourser. Ces derniers se disent prêts à travailler au Cabaret. C'est une situation de famine fédérale. Mais le gouvernement était trop occupé à se pencher sur une possible légalisation du suicide assisté afin de permettre aux habitants en colère de jeter des pierres sur la police. Afin de renforcer la connaissance des crimes nazis, ce programme vise à fustiger l'inefficacité des pouvoirs publics.

Fenêtre

le 18/10/2008 à 18h17

Le principe de celui-ci ; en s'inspirant d'une phrase de Baudelaire, on écrit un texte. La phrase : Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée.

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Car la fenêtre ouverte n'offre qu'une vue partiellement banale et parallèlement insipide sur un univers sans équivoque. Tandis que la fenêtre fermée offre mille possibilités toutes plus excentriques les unes que les autres. Barreaux de liberté, amour décapité, faute avouée jamais pardonnée? Quand on ferme les volets de sa fenêre intérieure, ainsi éborgnée, c'est qu'il y a forcément une honte saugrenue que l'on se doit de révéler, mais plus tard...

Image : La lunette d'approche par René Magritte


Stream of consciousness prise 2

le 18/10/2008 à 18h28
Alors voilà pour tous ceux qui attendaient un deuxième stream of consciousness (et pour les autres aussi :P)!

Pas Perdus
Lumière urbaine, comme celle glacée d'un néon aseptisé. Le rouge faux d'une surface résolument plane m'inspire un goût de sang. Quelques taches sur ma conscience. Déchets bleus sur le sol, le ciel séparatiste d'un univers en forme de poubelle? Conversation avec une entité connue, point rouge sur le chemin sinueux d'une existence en décomposition. Clinquement métallique, comme deux éperons dont les épines frappent mes tempes. Toujours cette lumière artificielle, mais la surface se fait plus rugueuse, comme le contact de tes mains sur les miennes. Bruit de pas inquiétant, qui résonne dans le long corridor sombre d'un futur incertain. Rgards interloqués, derrière mes mots, une ouverture sur un monde trop vaste. Le vieil homme m'observe. Il respire comme un pervers, oups préjugé! Le carrelage du plancher me martèle une redondance proscrite. Lumière. Je me déplace vers le reflet faux d'un scintillement ludique. À mes pieds, la ville. Couverte de poussière et minuscule, mais une ville tout de même. J'ai chaud au genou gauche, oh non, appuyé sur le calo. Je m'éloigne du scintillement vide de sens d'une capitale en quête d'identité. Mon reflet ou plutôt celui d'une personne qui me ressemble se fond à la masse sombre et abstraite des arbres. Des rires. Assemblée festive d'une joie burlesque. La crise, direction le talent. Aucune flèche pour m'indiquer quel chemin prendre. Ah tiens, humain connu, d'un petit mouvement de main, je salue cette âme. La table branle, dans le manche? Une analogie entre cette table et mes idées? À tout prendre, c'est une campagne politique aux pas perdus. Dernières conversation avec une âme aveugle, interrogations, doutes, départ.

Image : Les souliers aux lacets par Vincent Van Gogh

Mots imposés

le 18/10/2008 à 21h55

Voici deux textes. Pour chacun d'eux, nous avons pigés des mots au hasard et nous devions mettre ces mots dans les textes.

Premier texte, mots obligatoires : saintement, banque, mythologique, figue, bitume.

Saintement, je me baladais sous les arbres dont les figues mythologiques me chatouillaient le visage. Soudain, le bruit velouté de mes pas sur la rosée bleutée du matin fut remplacé par le bruit sec de mes talons qui claquaient comme un drapeau au vent sur le bitume fédéraliste et noir. La campagne apaisante était remplacée par une urbaine inquiétude. Grattes-ciel enracinés faisent office d'arbres et les figues juteuses et alléchantes qui tantôt appelaient mes papilles visuelles étaient remplacées par le goût amer d'écritaux sans sens réel. «Banque du Canada, Banque de Montréal...» que des mots dont la signification m'effrayait. Oh mon dieu, j'étais devenue une citadine!

Deuxième texte, mots obligatoires : stertoreux(euse), foudre, frais, n'importe, permanence, sanglant, potable.

Le matin frais m'emporte dans sa permanence sanglante. N'importe qui vous le dira, les relents stertoreux d'une nuit passée à dormir sur un coup de foudre n'amènent jamais rien de bon. N'est-ce pas, d'ailleurs, un proverbe? De toute façon, sans mon café du matin pour décanter, aucune de mes pensées ne sera potable. Moi, c'est l'après-midi que je vis, cadencée que je suis avec la violence maternelle d'un soleil patenté.

Haïkus

le 18/10/2008 à 22h04

Atelier sur les Haïkus. À la base de ceux-ci, champs lexical de la ville. Ce sont trois haïkus différents et indépendants les uns des autres.

Costard en déviance
Café terreux dans la main
Un anonymat.

Froidure des mots
Splendeur de la dépendance
Mort artificielle.

Lune bétonnée
Ancien trafic nauséeux
Machine à grandir.

Image : La gare Saint-Lazare, par Claude Monet

Amortie

le 18/10/2008 à 22h17
Voici un pastiche d'un texte d'Henri Michaux. Alors tout d'abord vous avez le texte original et ensuite mon pastiche.

La ralentie par Henri Michaux
Ralentie, on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement ; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On n'a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu'on sait. On n'a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant ; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle. On est, on a le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d'air. On a le sourire du sabot. On n'est plus fatiguée. On n'est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n'a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son oeuf, on a posé ses nerfs.
Quelqu'un dit. Quelqu'un qui n'est plus fatigué. Quelqu'un n'écoute plus. Quelqu'un n'a plus besoin d'aide. Quelqu'un n'est plus tendu. Quelqu'un n'attend plus. L'un crie. L'autre obstacle. Quelqu'un roule, dort, coud, est-ce toi, Lorellou?

Amortie par Roxane
Amortie, on explose le temps des mots ; on y vit ; on a tant de vies ; soudainement toutes leurs vies. On recrache les souffrances, on les recrache passivement ; toutes leurs vies. On y mange des amours. On n'a plus envie de se battre. On a tant de vies. On ignore. On habite son vide. On n'oublie plus qu'on espère. On n'a plus envie de savoir. On est légère en riant ; on est légère en ne riant pas. On fait la pivoine. On a, on est tant de vies. On est l'amortie. On est expulsée des maisons hantées. On a la voix de la caverne. On n'est plus égoïste. On n'est plus émue. On a des mots au bout de la langue. On n'a plus honte sur la mer. On a livré son âme. On a posé ses pieds, on a posé ses racines.
Quelqu'un pense. Quelqu'un qui n'est plus vieux. Quelqu'un qui ne veut plus. Quelqu'un n'a plus envie d'amour. Quelqu'un n'est plus stressé. Quelqu'un n'obéit plus. L'un aime. L'autre même. Quelqu'un danse, crie, divrce, est-ce nous Lorellou?

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